Interview avec ADAMS

interview - 20.09.2014 07:00

JaME a eu la chance de rencontrer le guitariste et producteur d'ADAMS, Shota Yokoyama, dans un petit bar à Clausen, le quartier festif de Luxembourg. Il a évoqué ses futurs travaux, sa responsabilité en tant qu'artiste et... qu'assassin du chanteur Adam.

Bonjour Shota ! Depuis la première interview d'ADAMS réalisée par JaME, un an et demi s'est écoulé. Beaucoup de choses sont arrivées entre-temps. Pouvez-vous résumer cela en une phrase ?

Shota : Wow, c'est une question difficile. Avant, quand ADAMS était uniquement actif au Japon, nous n'avions aucune idée de tout ce qui se passerait ensuite. Jamais nous n'avions planifié ça. Mais nous avons goûté à la culture européenne en venant ici, en faisant des concerts. Nous avons vécu et ressenti beaucoup de choses inattendues, qui ont intégralement modifié notre planning d'activités. C'est comme un énorme accident. Nous avons vécu énormément de choses en très peu de temps.


A propos de votre prochain single Akisame, vous dites qu'il s'agit du dernier opus d'ADAMS dans le style J-rock, J-pop. Vous êtes producteur d'ADAMS mais aussi guitariste, dès lors, peut-on encore s'attendre à des éléments plus rock ?

Shota : Hmm, là aussi c'est une espèce d'accident. J'ai été en contact avec de nombreuses cultures. Au début, nous avons planifié nos sorties d'albums en se disant "le premier sera comme ça, le second comme ça" et ainsi de suite. Nous avons démarré avec un son orienté J-rock et un style qui s'apparente au visual kei. Un son typique des groupes de rock. Mais nous essayons de changer quelque chose à chaque fois. Particulièrement au niveau de l'importance de la guitare. Sur le troisième album, que je compose actuellement, je ne joue pas de guitare. C'est uniquement de la composition électronique. Mais il est possible que j'ai envie d'en ajouter par la suite. Mais je vois ça comme un challenge, vous voyez ? Je teste ce que je peux faire. Guitare, pas de guitare ? C'est une question d'imagination et de développement de mes compétences. C'est un challenge à chaque fois.


Donc vous aviez déjà un planning pour tous les albums d'ADAMS… Mais votre concept indique que votre groupe "naîtra" en tant qu'humain en 2021. C'est une longue attente. Avez-vous déjà tout prévu jusque-là ou décidez-vous de manière spontanée des nouvelles orientations du groupe ?

Shota : En réalité, nous avons ce planning sur dix ans. Mais comme je vous disais, nous sommes venus ici en Europe, nous avons vu, touché, ressenti des choses nouvelles. Et tout a pris une tournure différente. Nous avons un planning global pour 10 ans, avec des possibilités d'évolution.


Dites-nous en plus à propos d'Akisame !

Shota : Akisame est un peu la suite de Boku no Sei et de Seseragi. C'est une chanson triste, sur l'amour, que j'ai écrite il y a trois ans. Mais Adam a écrit les paroles récemment, donc c'est une nouvelle chanson.


Quels sont les thèmes que vous aborderez dans le futur ?

Shota : Le son va changer, mais le thème de l'amour restera tout au long.


Votre but est d'être "Révolutionnaire, original, intemporel". Est-ce que ce n'est pas difficile à atteindre à chaque fois ? Est-il possible d'ajouter un élément original à chaque clip, chaque sortie, chaque événement ?

Shota : Ce n'est pas difficile, je crois... Adam et moi n'aimons pas la monotonie, que ce soit dans notre image, nos costumes, notre façon de chanter ou de nous exprimer. Vous restons cool en toute circonstance. J'entends par là que si, par exemple, nous prenait l'envie de faire de l'enka... eh bien notre carrière serait finie. (rires) Mais j'entends par là que si je ne suis pas capable de créer quelque chose de différent, quelque chose que j'aime, à chaque fois, notre carrière est également finie. Nous voulons évoluer à chaque fois, et nous le faisons. Parfaitement. C'est ma certitude, j'ai une grande confiance à ce sujet. Mais...


Enka … (rires) … Sérieusement ?

Shota : Enka ou... n'importe quoi d'autre ! Par contre, si je disais à Adam "Ok, la prochaine fois on fera ça !" et qu'il me répondait "Non, je n'aime pas", notre activité s'arrêterait également.


Il sera ravi, pour l'Enka. (Rires)


Question suivante ! ! Si l'on compare vos deux tournées européennes (2013 et 2014), vous apparaissez plus détendus et spontanés cette année que la précédente. Qu'est-ce que la première tournée a apporté à la seconde ?

Shota : Hmm, je pense que nous n'avons pas changé tant que ça, à part au niveau de la setlist, puisque le nouvel album a vu le jour entre-temps. Nous avons fait évoluer notre setlist pour chaque concert, pour ne pas être ennuyeux. Mais c'est vrai que nous étions plus détendus. Nous n'avions pas évoqué "les détails" de chaque concert avant la dernière tournée. La première fois, nous n'avions que quatre concerts. On ne savait pas à quoi s'attendre donc on est arrivé avec un show tout préparé. Cette fois, la tournée était tellement longue, que notre prestation a évolué en cours de route. Nous avons grandi entre le premier show et le dernier. Durant la première tournée, si l'on s'apercevait que le public ne réagissait pas à une de nos chansons, prenons Boku no Sei, par exemple, on la reproduisait quand même le lendemain. Sur la deuxième tournée ce n'était pas le cas. Si Boku no Sei ne plaisait pas, ou pas suffisamment, on la remplaçait dans le show suivant, ou on la déplaçait dans la setlist, pour créer une ambiance parfaite. Des choses comme ça...


Est-ce que quelque chose d'important s'est produit durant cette deuxième tournée ?

Shota : Oui.


Quoi ?

Shota : Pour moi c'est la relation humaine. C'était une longue tournée, nous avons eu des soucis, des engueulades, même parfois au sein de notre équipe de tournée. Je me souviens d'un "Je ne veux plus jamais travailler avec ce type !" (Rires) Mais finalement nous avons pu tout arranger, et notre équipe est devenue encore plus solide.


A l'opposé, avez-vous des souvenirs amusants?

Shota : Je ne me souviens plus où, mais j'ai voulu retirer la chemise d'Adam et ça n'a pas marché ! (rires). Ce T-shirt... Il porte des chemises habituellement, car le jeu de scène prévoit que j'ouvre les boutons de sa chemise à un moment précis. Là, je me retourne, je vois ses vêtements et j'étais là : "Hein?!" (tout le monde rit)


C'était à Munich !

Shota : Oui ! Il portait une veste rouge et un t-shirt avec une tête de mort. Et moi j'étais bloqué. (rires)


Je me souviens aussi qu'à Berlin, le sampler a été interrompu après que vous ayez jeté la chemise d'Adam sur votre iPhone.

Shota : Ah ah oui ! C'est là que j'ai compris qu'un iPhone fonctionnait parfaitement avec des vêtements au-dessus, mais pas des vêtements trempés de sueur. (Rires)


Quel a été votre plus grand challenge sur cette tournée?

Shota : Hmm... Le grand nombre de concerts dans la foulée (23, NDLR). Et bien sûr, la Russie.


La Russie. Comment ça s'est passé ? Qu'avez-vous pu faire ou non ?

Shota : La Russie était géniale, l'ambiance super bonne. Mais nous avons vécu un énorme stress au préalable. Parce qu'on ne pouvait pas vendre nos goodies, et il y a eu un souci avec les tickets. Nous avions annoncé le concert comme étant interdit aux mineurs, en raison de la loi en Russie. Mais le promoteur russe n'a pas respecté ça, et a vendu des tickets à des jeunes. Il y avait des ados dans la salle. Donc notre promoteur a analysé nos CD et nous a dit "Il y a de la nudité sur vos pochettes, vous ne pouvez pas vendre ça". Mais comment faire ? Il y a des photos dénudées sur la pochette de notre dernier album ! Ainsi que sur la cover de Bittersweet, où on fait mine de s'embrasser ! Ce CD a été retiré de la vente en Russie, comme le poster qui allait avec. Au final, nous avons choisi de poser des étiquettes "+18" sur les produits concernés, et il a fallu vérifier les passeports de tout le monde avant de pouvoir les vendre... C'était très long.
A propos du show, nous n'avons pas ajouté de jeu de scène. On ne pouvait pas deviner si on allait être contrôlés par les autorités ou non. Et comme il y avait des mineurs dans la salle, nous n'avons pas pris le risque. C'était très nouveau pour nous, ce n'était pas comme un show habituel d'ADAMS. J'ai joué de la guitare, c'était uniquement un concert axé sur la musique, et c'était super, parce que les fans étaient vraiment géniaux et respectueux. Et nous avons été réinvités pour l'an prochain !


Mais avant cela vous allez en Amérique du Sud en novembre de cette année ! C'était votre rêve depuis longtemps, n'est-ce pas ? Comment vous sentez-vous ? Que peuvent espérer les EVES ?

Shota : Nous ne connaissons pas encore ce public, c'est la première fois. Donc ce sera sans doute comme nos débuts en Europe. Je veux leur montrer ce qu'est ADAMS. Donc ce sera une performance un peu choquante. (Leur manager Aurélie lui rappelle alors que J'Fest est une convention, visitée par de nombreux adolescents, et que dès lors, il s'agira d'être prudent quant à l'attitude scénique). Ah, oui... Si notre prestation est trop choquante le premier jour on pourrait bien nous dire de ne pas revenir le lendemain... Ok nous devons être professionnels (rires). Nous sommes prudents en présence des jeunes bien sûr. Nous nous sommes produits dans plusieurs conventions, et nous savons comment faire.


Dans une précédente interview, vous disiez rêver de vous produire à New York. Qu'en est-il aujourd'hui ?

Shota : J'ai toujours envie d'y aller.


Maintenant?

Shota : Non. Mais un jour, dans un futur pas si lointain, j'espère aller là-bas.


Particulièrement durant la dernière tournée, vous avez montré à quel point ADAMS est accessible pour les fans. Vous insistez pour que les fans soient proches de vous. Mais où est la limite que les fans ne doivent pas dépasser ?

Shota : Vous parlez de distance, n'est-ce-pas ? Je pense que parmi les fans d'ADAMS il n'y a pas de mauvaises fans, que des filles très gentilles, qui se tiennent bien. Je dirais... 98% d'entre elles. Mais ma réponse serait : "pas de limite". C'est ok. Je suis un fan moi aussi. J'adore beaucoup d'artistes. Parfois, j’envoie un mail pour dire "Je suis votre fan, j'adore ce que vous faites !" (rires). Je pense que c'est naturel que les fans fassent ça. Par contre, NOUS devons faire attention. Les fans, non. Mais nous avons, en tant qu'artistes, la responsabilité de la suite que nous donnons à leurs demandes. Par exemple, si Adam est contacté par des fans et les rencontre après le concert, en privé, c'est une mauvaise chose. Parce que nous vendons l'univers d'ADAMS. C'est à nous de poser cette limite, mais on ne doit pas dire "Arrêtez de nous contacter, n'envoyez pas de messages". Ce serait hyper ennuyeux pour les fans, non ? Nous devons leur apporter du rêve.


En parlant de rêve... Votre reprise de Sweet Dreams d'Eurythmics a très bien marché durant la tournée. Pensez-vous à la sortir en CD ? Envisagez-vous d'autres reprises ?

Shota : Je pense à d'autres reprises, oui, mais nous n'avons rien de prévu à ce sujet à l'heure actuelle. Quant à la cover de Sweet Dreams, elle n'est pas sortie en CD.


Pas ou pas encore ? Pourriez-vous envisager de la sortir ?

Shota : Jamais. Pourtant cette chanson nous a beaucoup aidé en tournée, par exemple sur les conventions. Même si une partie du public ne connaissait aucune de nos chansons, il pouvait se rapprocher de nous quand nous entamions cette reprise.


Vous avez réalisé de nombreux clips, dans des endroits différents, avec des concepts différents. Quel a été le plus difficile ? Pour lequel avez-vous été le plus nerveux ?

Shota : Nous sommes nerveux à chaque fois ! Mais le plus difficile a été Boku no Sei. Il faisait tellement froid dehors, mais tellement !


Pour White Caress aussi !

Shota : White Caress aussi oui... je déteste le froid ! (Rires) Pour Boku no Sei, nous ne portions pas de vêtements adaptés, et j'ai claqué des dents pendant tout le tournage. C'était super dur. J'étais gelé quand je jouais de la guitare. (Il imite ses mains gelées quand il essaie de jouer de la guitare, NDLR).
Concernant les scènes "proches" entre Adam et moi, quand il a fallu qu'on se touche et qu'on se rapproche pour le clip de Dizzy Love, on se tenait dans les bras, on était un peu gênés devant ces caméras. Vous voyez ce photoshoot ? (Il montre la couverture de FeeLJapan, NDLR) Ce sont les premières photos promotionnelles de Dizzy Love. Vous voyez, on était assez proches l'un de l'autre. On était morts de rire… On ne pouvait plus s'arrêter. Maintenant on s'en moque un peu, on peut faire ça sans problème. Par contre, je ne veux plus jamais tourner de clip à l'extérieur !


Et quel clip préférez-vous ?

Shota : Boku no Sei. Parce que c'était si dur à tourner !! (rires) Et aussi parce que, même si le clip est bizarre, j'aime cette chanson.


En dehors de la musique, qu'est-ce qui est le plus important dans votre vie ?

Shota : Love. L.O.V.E. !


Imaginez que vous soyez une Eve (une fan d'ADAMS, NDLR) pour un jour. Qu'auriez-vous à dire à ADAMS ?

Shota : "Vous êtes cool ! Pourquoi êtes-vous aussi cool, aussi stylés ? Votre musique est géniale ! Ces photos aussi ! C'est révolutionnaire ! Je vous aime !" (rires)

Aurélie : Arrête de tuer le chanteur ! (tout le monde rit, NDLR)


Oui, sérieusement ! Pourquoi Adam meurt-il tout le temps dans les clips?

Shota : En fait, je ne sais pas. Il meurt à chaque fois... Pourquoi ? Je ne sais pas. Il doit être très faible ! (rires) Allez, dans le prochain clip, j'essaierai de ne pas le tuer !


Merci pour cette interview très intéressante. Un message pour nos lecteurs ?

Shota : Merci de suivre JaME et de nous soutenir tout le temps. Nous allons essayer de faire de la bonne musique et de grandes choses. Nous espérons que vous aimerez.


JaME remercie Shota, Aurélie et Mono pour avoir rendu cette interview possible.
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