Koenjihyakkei, premier concert français

live report - 28.05.2009 00:00

Première date française pour le groupe zeuhl Koenjihyakkei mené d'une main de maître par Yoshida Tatsuya

Alors que magma a engagé cette année une gigantesque tournée pour fêter ses 40 années d'existence, Koenjihyakkei qui en est très largement inspirés a décidé de réaliser sa toute première date française le premier mai. Date qui sera bien évidemment suivie d'une tournée européenne quelques mois plus tard, dans le même temps que sa participation au Rock in Opposition aux côtés de magma. Pour le moment, ce qui nous intéresse ne se passe pas quelques mois dans le futur mais maintenant. Koenjihyakkei nous donne donc rendez-vous dans la très bonne salle Le Triton aux Lilas. Dès notre entrée dans la salle, on nous annonce la couleur ; ce concert se vivra intensément dans la position la plus à même de nous procurer toutes sortes de sensations : assise.

Ce soir, beaucoup de fans de magma se sont réunis, on peut voir en vrac des personnes arborant le pendentif ou le T-shirt du groupe. C'est donc un public très friand du genre qui attend le groupe au tournant pour cette première française. Considéré par beaucoup comme étant le projet le plus ambitieux et le plus abouti de Yoshida Tatsuya, Koenjihyakkei possède une réputation qui n'est plus à faire dans le milieu de la musique avant-gardiste, une fusion jazz/rock progressif/hardcore/opéra et plein d'autres jolies choses que l'on va pouvoir apprécier plus en profondeur ce soir.

Le maître des lieux s'avance vers le micro pour nous annoncer le déroulement de la soirée, ainsi il nous annonce que le concert de ce soir se divisera en deux parties et que nous découvrirons des sons qui nous sont familiers. L'heure du spectacle sonne enfin, les lumières s'atténuent peu à peu, le groupe ne met pas bien longtemps à apparaître sous des applaudissements qui n'en finissent plus. La formation se met en place, agrippe ses instruments et se prépare à nous envoyer la sauce. Ça va faire mal.

Le premier set débute fort avec Angherr Shisspa, issu de leur quatrième album du même nom. C'est une débauche d'énergie qui s'engage alors, les morceaux joués dans la soirée sont choisis avec élégance, sans privilégier un album en particulier, Koenjihyakkei jouera un large panel de son répertoire, avec des morceaux bien évidemment remis au goût du jour pour l'occasion, changement de membres oblige. Il serait bien facile de qualifier la musique de Koenjihyakkei de "zeuhl" tout simplement, le groupe joue certes une musique qui est en très largement inspiré, les membres le revendiquent d'ailleurs ouvertement. Bien au-delà de ça, la formation mélange les genres et nous pousse encore plus loin dans l'appréciation de la profondeur musicale qu'elle nous offre.

Un concert d'une intensité rare, les instruments livrent à nos oreilles des sonorités fantastiques et surréelles où les tempo changent toutes les minutes, où la fièvre monte plus que de raison dans ce tourbillon de sons en tout genre. La musique de Koenjihyakkei nous pénètre par tous les pores de notre peau et nous insuffle sa formidable énergie et toute sa force. Chacun des instruments met nos sens en éveil et nous suspend dans le vide à chaque violente montée en puissance. Une musique chimérique, unique et incandescente. Quelques petits soli par-ci par-là excitent l'assemblée et nous offrent par la même, un petit concentré de force pure. Taku Yabuki laisserait de côté ces deux claviers à plusieurs reprises pour quelques petites sessions de piano bien dans le ton et follement excitées.

Pour achever la première salve de titres, nous avons droit à Avedumma, sorti tout droit de leur premier album, le début est très festif, un chant quasi-fantomatique. Les chants se mêlent et se démêlent, aigus ou gutturaux, cet opéra surréaliste et bruyant nous avale tout entier. Les instruments semblent se parler et se répondre avec excitation et ferveur. Paroles folles récitées dans un langage qui n'est pas sans rappeler le Kobaian créé par Christian Vander, une langue artificielle qui joue surtout sur les sonorités de ces mots.

Après une petite dizaine de minutes, la seconde partie du concert peut débuter avec un petit Tziidall Raszhisst, suivi de près par Nivraym et sa voix imposante et puissante, faisant à certaines reprises penser à des incantation africaines ou des rites chamaniques ancestraux. Notre corps se décompose alors sous les notes des différents instruments, Yoshida Tatsuya nous assomme de ses coups violents et directs. Sakamoto Kengo et sa basse vrombissante, lourde comme le serait une tonne de plomb nous tombant dessus, nous fait vibrer sur des rythmiques désarticulées. Le saxophone soprano de Keiko Komori, complètement fou nous assure une fusion qui résonne dans tous les sens. Taku Yabuki et ses deux claviers tissent les mélodies une à une sur lesquelles se superposent la voix de Ah qui sait se faire puissante et angélique tout au long de la soirée.

Le fabuleux mariage de tous les instruments transporte notre âme aux confins même de notre esprit. On ferme les yeux pour se laisser envahir et dévorer par cette entité qui nous surpasse, qui vit bien au-delà du temps tel que nous le connaissons, au-delà de l'espace même, chaque vague est une violente secousse qui vient nous éveiller et finit par nous submerger. Ce n'est plus un simple concert auquel nous assistons ce soir, c'est une véritable scène de la vie, de la nature elle-même. Comme magma a su qualifier sa musique de "Musique des forces de l'univers", Koenjihyakkei fait aussi vibrer les forces de l'univers et nous balance à toute vitesse une énergie phénoménale et hallucinante. La musique soulève notre cœur et nous fait frissonner, bien plus qu'une simple prestation, c'est une expérience qui se vit ici de tout notre corps, de toute notre âme.

Tellement de choses sont à dire sur le concert et le concept même du groupe. Il n'est pas aisé de développer en une poignée de lignes et de faire comprendre à ceux qui n'y ont pas assisté, à quel point le groupe est fort et intense. Les morceaux sont comme, joués à l'envers, à toute vitesse, lancés dans l'infini. Chacun des instruments est complémentaire d'un autre, un même rythme est souvent joué par tous en même temps, faisant ainsi régner une certaine confusion, une symphonique et merveilleuse cacophonie qui nous fait oublier nos idées noires. Une expérience riche et intense que l'on admire avec plaisir sans en perdre une seule miette.

Koenjihyakkei réunit toutes les forces cosmiques de l'univers pour nous servir une musique riche, dense et précieuse, céleste qui s'élève bien au-delà des nuages pour nous faire planer et faire envoler notre esprit pour qu'il flotte dans l'univers infini. C'est une expérience quasi-orgasmique que nous vivons ce soir dans cette bien jolie salle. Un concert qui fait apparaître dans notre esprit moult images. Une expérience que nous souhaiterions voir durer éternellement. Entre chaque morceau, l'un des membres prend la parole pour essayer de présenter le prochain titre dans un anglais approximatif ou carrément en japonais, quitte à ne se faire comprendre que par une minorité.

Pour terminer ce beau concert, Koenjihyakkei revient pour un rappel d'une seule chanson et annonce que c'est un très vieux morceau composé en 92, il s'agit de Sunna Zarioki, morceau extrêmement jouissif, dansant et entraînant. Répétitif, hypnotisant et bordélique à souhait. Le groupe invite même le public à scander le refrain avec lui. Une fois le morceau achevé, le groupe quitte la scène encore une fois, cette fois-ci pour de bon, mais c'était sans compter le rappel immédiat du public qui, bien évidemment, a encore faim. C'est donc sous des hurlements, des applaudissements qui pleuvent par centaines que le groupe revient sur scène, annonçant dans un premier temps qu'il n'y a plus de morceau prévu, cependant, Pamillazze sera tout de même joué, pour le plus grand plaisir de tous. Un morceau malheureusement trop court qui met en avant le chant et le piano, une sorte de morceau improvisé avec des claquements de notes dans tous les sens.

Cette fois-ci, c'est malheureusement bel et bien terminé, Koenjihyakkei aura tout de même joué près de deux heures et demie, pour le plus grand plaisir de nos oreilles, qui auront pu jouir d'un spectacle intense et ô combien rare de nos jours. Un spectacle d'une beauté impressionnante que l'on souhaite revoir bien vite. Heureusement, le groupe sera de retour en France en septembre, si vous avez loupé cette toute première date française, sautez donc sur l'occasion pour découvrir l'un des plus beaux joyaux nippons de ces vingt dernières années.


Setlist :

Premier set :

01. Angherr Shisspa
02. Rattims Friezz
03. Axall Hasck
04. Quidom
05. Vissqaguell
06. Avedumma

Second set :

07. Tziidall Raszhisst
08. Nivraym
09. Becttem Pollt
10. Fettim Paillu
11. Wammilica Iffirom

Rappel :

01. Sunna Zarioki
02. Pamillazze
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