Osaka Monaurail à Paris, le 25 novembre

live report - 18.01.2010 07:00

Live Report du concert de Osaka Monaurail, le 25 novembre 2009 à La Bellevilloise (Paris - France). Funkyssimo !

Dès le début du XXè siècle et à plus forte raison depuis la défaite de 45, le Japon est pour ainsi dire aux premières loges quant aux nouvelles tendances culturelles de l'autre côté du Pacifique. Comme on le sait, le jazz, puis le rock'n'roll, ne tardent pas à venir squatter les ondes, et à inoculer un doux parfum d'anticonformisme sur une société qui essaie, tant bien que mal, de raccommoder les accrocs largement étendus sur la bâche du protectionnisme. Il ne faudra pas non plus très longtemps aux Japonais pour digérer les codes de ces musiques et en faire quelque chose d'original et parfois même extrêmement innovant.

S'il y a cependant un style musical postérieur au rock et développé au Japon dont nous n'entendons pas vraiment parler dans nos contrées, c'est bien du funk qu'il s'agit. Du funk des origines, celui de la fin des années 60, brut et rythmique, pas celui "disco-isé" ou "pop-isé" de la fin 70's/début 80's. Alors à l'heure actuelle, le funk raw japonais, ça donne quoi ? La réponse nous a été donnée le mercredi 25 novembre dernier, à la salle parisienne de La Bellevilloise, en compagnie du groovy masterband Osaka Monaurail.

Et il se trouve que depuis 92, Osaka Monaurail est LA référence funk japonaise. En plus d'être un musicien et danseur accompli, Ryo Nakata, leader du groupe, est également fin connaisseur de la culture afro-américaine. Il a notamment participé à la redistribution en salles ces dix dernières années de quelques-uns des fleurons de la Blaxploitation (films d'exploitation faits par et pour - dans la majorité des cas - la communauté afro-américaine, dont l'âge d'or est le début des années 70) tels que Coffy ou Superfly, ou a encore co-produit avec le musicien, collectionneur et journaliste allemand DJ Pari, le dernier album de la diva Marva Whitney en 2006... Cerise sur le gâteau ce soir, celle qui fut la "Soulsister number 1" auprès de James Brown à la fin des années 60, est présente sur scène avec le band japonais ! Inutile de dire que l'ambiance surchargée en électricité statique risque bien de nous concocter une délicieuse coupe afro sur le dessus de la tête.

Sitôt sur scène, les huit musiciens d'Osaka Monaurail, tout en classe vestimentaire et en chaussures rutilantes, à la manière des prestigieux JB's (l'équipe de James Brown à la grande époque), se lancent dans une impeccable composition groovy à souhait. La section rythmique imparable nous assène de violents croc-en-jambes qu'il s'agit d'éviter comme on peut : on balance le corps d'un pied sur l'autre, en rythme. C'est ainsi qu'agit le démon du funk, et il est impardonnable. Tandis que les cuivres ponctuent la cadence de courts riffs syncopés, la guitare magnifiquement travaillée à la pédale wah-wah nous entraîne inéluctablement chez Isaac Hayes, en compagnie de Shaft. Les musiciens enchaînent les morceaux sans temps mort, jusqu'à l'arrivée grandiloquente de Ryo Nakata, digne de celle d'un "Jaaaaaaaaaaaaames Brooooown" en son temps. Le frontman harangue la foule, demande si nous sommes prêts à replonger dans les folles années du funk. "What about 68 ?! What about 69 ?! What about 70 ?!...", et ses musiciens de lui répondre "yeah !!" tout en maintenant la cadence. Le public se prend très vite au jeu et témoigne de son enthousiasme quant à ce retour dans le temps. Ryo exulte, il balance les pieds, glisse sur le sol, fait le grand-écart : ce n'est plus un Japonais que nous avons devant les yeux, mais bel et bien le Godfather of Soul.

Après une pause bien méritée (il est impensable que sous les vestes, les chemises n'aient pas d'auréoles), la diva Marva Whitney rejoint la scène sous un tonnerre d'applaudissements, pour un répertoire soul et rythm'n'blues. La voix de la Dame est impressionnante de puissance et de justesse. Elle aussi échange avec le public, scrute certaines personnes dans l'assemblée et les invective (bouffées de chaleur assurées quand son regard plonge dans le notre), raconte sa jeunesse, les difficultés qu'elle a traversées, et celles inhérentes aux relations hommes/femmes ("you men, take care of your women, and don't let them go !"). Les réponses dans le public ne se font pas attendre. "Yeah !!", ponctués de longs sifflements pleins de reconnaissance. Le groupe ne semble jamais fatigué et après un retour à un son plus raw et deux rappels, il est plus de minuit quand les musiciens tirent leur révérence et dédicacent CD et vinyles au milieu du public, en toute simplicité.

C'est avec un certain pincement au coeur que nous lissons nos cheveux et que nous nous retrouvons catapultés chez nous, en 2009. Selon Marva Whitney, Osaka Monaurail était le groupe qu'il lui fallait pour l'accompagner en tournée, sonnant "comme en 1969". Elle ne s'est pas trompée. Le Japon est bel et bien un pays sur lequel on peut compter en matière de funk.

La musique d'Osaka Monaurail ne cherche en rien à innover le genre, elle s'inscrit juste dans la continuité d'une tradition made in 60's, et l'essentiel, c'est qu'elle le fait BIEN !
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