Artistes divers - PARADEⅡ~ RESPECTIVE TRACKS OF BUCK-TICK~

chronique - 01.09.2012 07:00

De deux pierres un coup fumant.

BUCK-TICK a trempé dans tellement de styles différents qu'il est difficile d'imaginer un album de reprises parfaitement homogène. L'expérience Parade -Respective Tracks of Buck-Tick- parue en décembre 2005 n'a pas prouvé le contraire. Alors pourquoi sortir une nouvelle galette quand la précédente avait à moitié échoué ? Fléau marketing ou valeur ajoutée taxée de bonnes créations ?

Permettez-nous donc de vous présenter la première catégorie. Nous la nommerons pour la forme - et pour notre bon plaisir - : "On prend les mêmes et on recommence, mais en pire sinon à quoi bon être venu !". La palme revient à BREAKERZ qui de Just one More Kiss fait un morceau d'épouvante. Pourquoi, mais pourquoi avoir récupéré quelque chose qui avait déjà été présent dans Parade premier du nom, quand on connaît l'étendue de la discographie de BUCK-TICK ? Le peu de prise de risque est tout à fait décevant : après une introduction vomitive expédiée en vitesse, la chanson libère tout son potentiel... qui n'est que le peu que pouvait offrir un groupe aussi limité que BREAKERZ. Ne vous attendez pas à un chef-d’œuvre même si la construction tient tant bien que mal la route. Le malheur est que le titre culte perd toute son authenticité au grand dam de l'originale qui se voit traînée dans la boue. Même le solo est réduit à peau de chagrin, sans aucun charme. Fuyez cette version et préférez-lui celle présente sur le premier album hommage avec Kiyoharu aux manettes, la qualité des compositions n'est même pas comparable. On imagine difficilement Sakurai Atsushi exposer la même joie en chantant en live ce moment sacré qu'est Just one More Kiss en duo avec Kiyoharu qu'avec l'ersatz de chanteur qu'est DAIGO☆STARDUST.
Le second nominé n'est autre que le successeur de J : alors que le bassiste avait fait une reprise tout à fait honnête d'Iconoclasm, en lui offrant une atmosphère punk tout ce qu'il y a de plus soi-soi, D'ERLANGER, qui a pourtant un potentiel énorme, a décidé de faire un petit karaoké dans un coin studio-dînette. La ligne de basse est certes prenante mais seul le break représente la partie créative - ou du moins proche de l'esprit du groupe - de l'exercice. Un bien triste constat quand on connaît la qualité des Japonais, mais finalement attendu : les productions qui ont suivi la résurrection de la formation au troisième millénaire arrivent en effet difficilement à la jaquette de celles qui ont précédé sa séparation. Le demi-dieu Yen est définitivement passé par là.

Nous intitulerons sobrement la catégorie suivante : "J'aime le papier carbone" et le prix en revient à MUCC pour une imitation quasiment à la voix près de Jupiter. Pourquoi diable des groupes talentueux se complaisent-ils dans la copie au calque d'un morceau qu'ils sont sensés réinterpréter ? La formation avait les moyens d'en faire quelque chose de grand après les divers changement de style qu'elle a connus ! Rien n'a été fait pour s'éloigner de la version de base, même erreur que pour LUNA SEA dont elle avait repris Déjàvu il y a quelques années de cela avec la même originalité... déjà vue. Kishidan de son côté tire bien son épingle du jeu avec un effort louable d'invention : MACHINE a un son un peu plus pesant que l'originale du quatuor, mais alors que les accords de l'introduction suggéraient une ambiance tout à fait charmante, la mélodie est simplement transposée quelques tons plus bas. Dommage. Enfin, nous pouvons y citer également D'ERLANGER.

Dans la catégorie : "Merci d'être passé, mais on ne vous rappellera plus, faudrait pas abuser de notre gentillesse non plus !", le grand vainqueur n'est autre que Pay money To my Pain, qui a tout bonnement massacré Love letter. NU METAL, do you speak it motherfuckers ? Passez, passez donc... Rien à voir ici que de la violence gratuite sans aucun rapport avec ce qui pourtant passait pour un titre assez atypique dans la discographie des chevelus : entre dénaturation totale et respect du standard, on voit bien la solution pour laquelle Pay money To my Pain a décidé d'opter. N'oubliez pas de garder vos oreilles loin du remix d'Elise no tame ni par THE LOWBROWS, qui comme tous les remixes de BUCK-TICK est bien faible en terme d'apport, et à passer loin de ce qu'a réalisé AA=, qui n'est rien de plus qu'un autre mix ennuyeux. Mais pas que ! Le bassiste de THE MAD CAPSULE MARKETS a souhaité recycler les sons issus du hardcore et de la house avec ce que l'anarchie a engendré de mieux dans les seventies. Tout ce boum-boum est bien fatigant et force est de perdre son latin lors des interlude et outro piano, calmes à en crever en comparaison. À éviter.

Il est donc temps d'amener sur le devant de la scène la catégorie : "Reprises réussies ou presque, on vous recontactera", dont le trophée revient à N'shukugawa BOYS qui amène à Empty girl tant de nouveaux instruments qu'on en vient à se demander ce que l'on pourrait faire si les voix et les mélodies résonnaient en accord et avec justesse. Malheureusement c'est tout l'inverse et à certains moments où la dissonance devrait avoir un effet bœuf, elle plombe tout sans demander son reste. Le groupe se place vainqueur du trophée de justesse... en en manquant. Merry aurait gagné à mieux gérer la distorsion micro : l'instrumentale à la hauteur est malheureusement grevée par l'intervention du chanteur, sur-mixé et dont la voix ne colle pas avec ce type de traitement électronique : imaginez une souris tentant de rugir, vous avez l'image en tête ? Les musiciens sont heureusement à la hauteur et tirent cette version vers des sommets plus adaptés. Cependant, ils font dans la surenchère inutile pour clore le morceau, laissant une impression bizarre à l'auditeur. Tant de débauche prouve qu'il y avait vraiment quelque chose à combler ! Pas mémorable mais à retenir, pour l'effort. Et enfin, acid android perd de peu. Vous arrivez à vous faire à la voix de Yukihiro ? Impossibru ! Il lui manque toujours une certaine précision, et son timbre maigrelet en ce sens n'a rien à donner à SEXUAL×××××!. La musique en revanche, avec des nappes de piano harmonieuses et un mix électro en fond, apporte une plus-value bienvenue au titre éponyme du second album de BUCK-TICK. Il serait temps que le batteur de L'Arc~en~Ciel recrute un vrai chanteur !

Nous finirons donc avec les morceaux qui ont remporté l'attention des jurés. On retrouvera ainsi cali≠gari qui s'en tire plutôt bien en livrant une nouvelle version de Misty Zone, même si encore assez proche de la version de BUCK-TICK, en partie à cause du son de la guitare lead si semblable à celui de la chanson originale, loin de lui faire perdre du cachet. Le tout n'exercerait qu'un attrait moyen si les parties break et solo n'avaient pas été intégralement retravaillées avec un brio et une qualité rares. Une réussite qui suscite à nouveau l'intérêt de l'auditeur après le faiblard Just one More Kiss qui le précédait ! La surprise, c'est Acid Black Cherry qui la crée, avec un mid-tempo au fort potentiel paré d'ambiances metal, en se ré-emparant totalement Romanesque sans pour autant violer le fil directeur de la mélodie ou du rythme. La ligne vocale est juste et - fait rare - la voix de Yasu passe vraiment très bien, sans chercher à rappeler le chanteur de BUCK-TICK. On constate ça et là une utilisation du vocoder, lors du refrain en particulier, mais de façon très mesurée. Le dernier groupe, qui selon nous aura donné à cet album hommage la reprise la plus représentative, est POLYSICS. Sur un morceau aussi pêchu et barré que ce Sid Vicious ON THE BEACH, nul doute que la formation ne pouvait que s'éclater et donner une nouvelle jeunesse au titre naguère porté par la voix si particulière du guitariste de BUCK-TICK. Entre rock et électro, POLYSICS semble avoir souhaité insuffler toute la folie que Hisashi Imai n'avait su lui donner autrement que par sa guitare et ses danses déstructurées en concert !


PARADEⅡ~ RESPECTIVE TRACKS OF BUCK-TICK~ ne fait pas mentir son prédécesseur et on a entre les mains un album hommage plutôt faible, avec sa part de participations sur le fil du rasoir, de peur du risque, de déceptions, de véritables perles et de bonnes surprises inattendues pour certaines. BUCK-TICK aurait encore une fois mérité bien mieux que ce mélange de karaoké, de remix et de créativité. Mais on connaît bien l'engouement pour ce type de productions qui, malgré un manque évident d'intérêt, permet de faire des découvertes que l'auditeur n'aurait pas faites en écoutant qu'un artiste en particulier, ou au contraire permet à d'autres de découvrir l'univers d'un groupe grâce à la performance de leur artiste favori. En cela, il n'y a pas de bonne ou de mauvaise reprise pour l'amateur, mais force est d'avouer que tout ne s'adresse pas aux fans de la formation de la première heure, et encore moins aux autres qui devront sélectionner les titres dignes de parader dans leur bibliothèque musicale.



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