Nothing's Carved In Stone - Silver Sun

chronique - 16.09.2012 07:00

La parole est d'argent. De là à ce que l'on s'y lance et dorme...

La séparation d'ELLEGARDEN en un sombre été, il y a quelques années, fut vécue comme une tragédie par les fans : exit le punk-rock pêchu, tout comme les paroles blindées d'humour du groupe... Bon sang, ce Pizza man qui cherche un mathématicien dont le nom est Daniel ne vous sort pas si facilement de la tête ! Fort heureusement à la suite de ce si triste évènement naquirent pas moins de trois formations, y compris Nothing's Carved In Stone - à l'acronyme si américanisant - dont nous avons le dernier album sous les yeux. Et pas des moindres, puisqu'il s'agit tout de même du quatrième de la bande du guitariste qui porte si rondement le bouc, Shinichi Ubukata ! N'ayant pas tendu l'oreille aux productions de ce groupe de rock alternatif depuis PARALLEL LIVES qui rassemblait leurs premiers pas en treize pistes, voyons sans plus attendre avec ce Silver Sun à quel type de disque nous avons affaire.

Force est d'admettre que le punk s'est essoufflé avec la naissance et l'abus jusqu'à plus soif de la branche rock qui en est née chez les populations jeunes à baggy. On ne compte plus les formations qui se sont copiées l'une-l'autre tant il est difficile d'innover dans ce style. Bien sûr, les Dropkick Murphys au Massachusetts ont su ajouter une ambiance celte typique avec un accordéon, du banjo et de la cornemuse à leur musique qui jusque là ne déchaînait pas les foules ; mais au Japon il est plus difficile de se détacher dans le domaine. On a ainsi vu naître et mourir nombre de copy-bands à la Sum 41 et autres noms chiffrés sans véritable identité, trop habitués à puiser leur inspiration sur le continent américain et dans le fatras récent, plutôt que de chercher à retrouver les racines du punk The Clash ou Iggy and the Stooges, en lui donnant une nouvelle jeunesse. Par habitude certainement, ou même par flemme. La théorie du manque de motivation fleurit aussi de la facilité du riff : il est si simple à élaborer que l'exercice en devient difficile quand il s'agit de se faire un nom pour sa musique et non pour son look ou ses performances.

Pas chez "NCIS", qui ne fait apparemment preuve de son inspiration américaine qu'à travers son nom, même sur cet instantané lumineux argenté qui marque son entrée en major chez Epic Records. Difficile de le classer dans une case précise, puisqu'il n'est pas tout à fait punk : l'architecture du chant relève énormément de la branche japonaise du rock et seuls les riffs de la grande majorité des titres de l'album le placeraient dans cette catégorie. La basse vrombissante de Hinata Hidekazu, qui travaillait précédemment au sein de Straightener, se fait tonnerre omniprésent au son tantôt clair, tantôt bidouillé par le biais d'une pédale d'effets wah-wah aux retombées hendrixiennes presque évidentes, reconnaissable notamment dans Spirit Inspiration, le morceau d'ouverture de ce nouvel opus. Les paroles en majorité en anglais démontrent une volonté d'être accessible à tous. Et la force du groupe est certainement son membre le plus connu à savoir le sus-nommé ex-guitariste d'ELLEGARDEN, Shinichi, qui de son instrument extirpe de longues mesures de soli ou se limite à quelques arpèges bien pesés sur les ballades, Sequel en tête de liste. De façon générale, difficile d'assumer un côté ravageur, ce son n'est clairement pas un élan de révolte mais une envie d'avancer sur un territoire défriché du sol au plafond, et de bifurquer sur un raccourci plus posé et surtout, peu utilisé.

Nothing's Carved In Stone parvient en cela à capter l'attention et à subjuguer son auditeur sans s'illustrer dans des morceaux d'une violence inouïe, ni même chercher à imposer un rythme déchaîné. Cependant, l'un des points négatifs les plus lourds que l'on pouvait déjà percevoir dans son premier album concerne la musique qui forme au final un joyeux bordel dans lequel on a du mal à trouver ses repères. La basse étouffe tout ou presque, les deux guitares s'entremêlent dans des soli souvent brouillons ; on a même parfois bien du mal à distinguer si l'arrivée de l'un ou de l'autre se fait en shred surf élaboré ou en concerto pour mouvements désordonnés en fol majeur pour guitare et médiator. Taku fait jouer de l'étendue de sa voix entre chant clair et voix de tête, ce qui est au demeurant typique de la branche japonaise du punk-rock. Tout du moins, la musique de Nothing's Carved In Stone vous donne une pêche qu'on n'attendait pas à ce point ! PUPA par exemple forme la figure de proue du refrain fun caractéristique, à ne définitivement pas laisser passer. Quelques fantaisies sont à reconnaître, avec la courte incursion en lead d'un synthétiseur sur Terminal, pas si étonnant quand on se revendique du rock alternatif ! Enfin, la succession des pistes se fait le plus naturellement du monde, en toute homogénéité bien pensée, en parsemant ça et là quelques rythmes plus sujets à la méditation.

Le territoire que vous affronterez avec Silver Sun est un lieu somme toute privilégié, loin de ce que l'on a pour habitude d'entendre mais également moins sujet à l'appréciation directe, moins orienté mainstream. Comme en témoigne le nom du groupe, les sillons de l'opus ne figurent pas dans la pierre mais sur une plaquette de polycarbonate arrondie moins problématique concernant les risques d'érosion. Un album comme celui-ci vous redonne une seconde jeunesse, il forme à lui seul une thérapie anti-cafard à l'effet immédiat. Tel Homer Simpson oubliant instantanément un évènement attristant pour convaincre son fidèle cerveau de lui envoyer une décharge d'endorphine, sans plus attendre, je vais en reprendre une petite dose. Nyaaaaa~...
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