X JAPAN - We Are X

chronique - 03.03.2017 00:00

The Rise, Fall and Rebirth of a legendary rock band.

Après plus de trente années d'existence, X JAPAN, le groupe de rock mythique de l'archipel nippon, crée la sensation en nous offrant pour la première fois un documentaire retraçant son histoire. We are X, réalisé par Stephen Kijak (Scott Walker-30 century man, Stones in Exile), narre le parcours à la fois épique et tragique du groupe à travers la vie de son leader, Yoshiki.
Entouré de l'équipe de production à l'origine de l'excellent documentaire oscarisé Searching for Sugar Man, mais aussi avec la présence d’une pléthore de guest stars parmi lesquelles Stan Lee, Marilyn Manson, George Martin, Wes Borland, Richard Fortus, Gene Simmons, Luna Sea, Dir en Grey, MUCC... We Are X ne lésine pas sur les moyens pour séduire les spectateurs.

Du rock au métal en passant par le visual kei, X JAPAN a indubitablement laissé sa marque dans le paysage musical japonais. Pour celles et ceux qui souhaitent découvrir ou redécouvrir l'histoire incroyable de ce groupe, ce documentaire est fait pour vous.
 Stephen Kijak nous emmène à la rencontre de Yoshiki en pleine préparation du live de X JAPAN au Madison Square Garden (2014). Véritable symbole de la renaissance de la carrière du groupe, ce concert est l'occasion idéale de revenir sur le mythe X JAPAN depuis ses débuts jusqu'à ce fameux concert à New York.


« Ils ont bâti les fondations du rock japonais. Sans eux nous ne serions pas aussi nombreux aujourd'hui » - Dir en Grey

Yoshiki (piano/batterie) et Toshi (chant), deux amis d'enfance, forment X en 1982. Après avoir écumé la scène underground et intégré Taiji (basse), Pata (guitare) puis hide (guitare), le groupe sort son premier album indie baptisé Vashishing Vision (1988). Le succès est immédiat, en une semaine le pressage initial est écoulé (10 000 exemplaires), du jamais vu pour une formation indie. Dès lors, ils signent un contrat chez CBS Sony et deviennent major. Avec les albums Blue Blood (1989) et Jealousy (1991), cette formation atypique aux allures Glam Rock et aux sonorités aussi diverses que le métal et le classique révolutionne la scène musicale japonaise. Pour les critiques de l'époque « X a défié la société japonaise conservatrice et nous a montré (aux Japonais) une nouvelle façon d'être » . D'ailleurs nombre de formations musicales majeures de la J-music telles que Glay ou encore Luna Sea revendiquent l'influence de X. Pour MUCC « ils sont à l'origine de tout » . Comprenez que la scène J-rock actuelle ne serait pas la même si il n'y avait pas eu X.

Malheureusement à la suite de tensions récurrentes entre Yoshiki et Taiji, ce dernier est forcé de quitter le groupe. Il est remplacé par Heath. X change son nom en X JAPAN et poursuit son aventure avec deux albums, Art of life (1993) et Dahlia (1996). En 1997, un coup de tonnerre s'abat sur la planète J-rock, le groupe, alors au sommet de sa gloire, est forcé d'annoncer sa séparation. En effet, Toshi, endoctriné par une secte, renie tout ce qui a trait à X et sa vie de rock star. L'année suivante est marquée par un drame, hide, autre pilier du groupe, décède dans des conditions mystérieuses - certains penchent pour un suicide, d'autres pour un accident.

Il faudra attendre une dizaine d'années pour que le groupe ne renaisse de ses cendres. Toshi finit par quitter la secte et la formation se réunit avec un nouveau guitariste, Sugizo (Luna Sea) . Débute enfin la nouvelle ère d’X JAPAN. Le groupe se produit alors au quatre coins du monde jusqu'à ce concert à guichet fermé au Madison Square Garden (2014) qui vient clore ce documentaire.

A ce jour, X JAPAN a vendu plus de 30 millions d'albums et on lui attribue la création de la mouvance musicale visual kei au Japon.




« [on fait de l'art] pour exorciser ses démons et pour se purifier avec ses démons » - Marilyn Manson

Cette pensée de Marylin Manson illustre parfaitement l'angle scénaristique choisit par le réalisateur pour nous raconter l'histoire de Yoshiki et du groupe. Dans ce documentaire il n'est pas question d'un traitement classique à la sex drugs and rock'n'roll. Il s'agit plutôt de montrer comment de multiples drames ont forgé la vie personnelle de Yoshiki et a fortiori le destin du groupe.
Il faut dire que le rapport à la vie (personnelle et artistique) de Yoshiki est intimement lié à son rapport à la mort (mot récurrent dans le documentaire). Cela commence avec la découverte du corps de son père alors qu'il n'avait que 10 ans. Ce suicide marque le début de sa destinée extraordinaire. Yoshiki reconnaît lui même que sans cet événement tragique X JAPAN n'aurait probablement jamais existé. Tous ses sentiments de colère, tristesse, solitude sont exprimés à travers sa musique. C'est cela qui la rend si authentique et qui touche les fans indépendamment de leur langue ou de leur culture. Qui plus est, ce sont ces sentiments contrastés qui forment l'identité musicale de X JAPAN, mêlant classique et métal (heavy/power). Pour l'anecdote, Tears, une des ballades les plus épiques de X, est dédiée au père de Yoshiki.

Le 2 mai 1998, à peine cinq mois après le Last live du groupe, hide est retrouvé pendu à une serviette attachée à la poignée d'une porte de son appartement. La version officielle relayée par les autorités et les médias privilégie la thèse du suicide. Néanmoins, personne dans l'entourage de hide n'y croit. Comme l'explique Yoshiki, il pratiquait une technique d'étirements, mais étant alcoolisé à ce moment-là, les choses ont mal tourné.
La mort de hide, icône du rock, crée une grande émotion à travers le Japon. Des dizaines de milliers de fans dévastés voire hystériques se pressent devant la procession funéraire. Certains, inconsolables, iront jusqu'à se suicider...
Pour Yoshiki, cette nouvelle confrontation à la mort d'un proche est un choc immense. hide était comme un frère pour lui et c'était aussi celui qui le comprenait le mieux artistiquement. Sa mort entérine le projet de réunification de X JAPAN - avec un nouveau chanteur - prévu pour l'année 2000. Yoshiki décide alors de rester vivre aux Etats-Unis. N'ayant jamais vraiment fais le deuil de son ami, il lui dédie la chanson Without you.

Les années passent et alors qu'on y croyait plus, le groupe se reforme. En 2010, pour le plus grand bonheur des fans Taiji est invité à jouer X, l'hymne du groupe, le temps de deux concerts. Malheureusement, à la stupeur générale, ce dernier met fin à ses jours en 2011 - les raisons de son geste ne sont pas expliquées.
Taiji, tout comme hide, rêvait d'être célèbre à l'étranger. Aucun d'eux n'aura l'occasion de voir ce rêve devenir réalité, et c'est en grande partie pour cela que le groupe se lance dans une carrière internationale.


« Ce n'est que le début, nous sommes en train d'ouvrir une nouvelle porte, un nouveau chapitre de l'histoire d'X JAPAN » - Yoshiki

Le documentaire se clôt sur des extraits du très beau live au Madison Square Garden. Ce concert à une signification particulière pour X JAPAN. C'est tout d'abord une revanche sur le passé, lorsque le groupe avait dû avorter son lancement de carrière aux Etats-Unis. Ensuite c'est une façon de réaliser le rêve de hide et de Taiji. Enfin, c'est pour montrer qu'après tous les drames et toutes les difficultés, X JAPAN est toujours vivant, prêt à démarrer une nouvelle histoire.
En fin de compte, We are X répond à deux besoins. Premièrement, celui de partager son histoire à la fois tragique et exceptionnelle. Et deuxièmement, renforcer la stratégie de communication du groupe à l'international en offrant un documentaire présenté en majorité en anglais.

Malheureusement les fans inconditionnels n'apprendront pas grand-chose de nouveau en regardant ce documentaire. Il faut dire qu'il est difficile de traiter en profondeur les différents sujets abordés en 1h33. Et c'est précisément ce manque de profondeur que l'on regrette le plus. De même, il est dommage de ne voir que très peu de moments d'interaction entre les membres du groupe qui sont presque toujours interrogés individuellement. D'ailleurs, Yoshiki et Toshi mis à part, les autres musicienss n'ont quasiment pas de temps de parole. Mais plus que tout, il nous manque des performances live intégrales (avec pourquoi pas des sous titres en anglais). Après tout, quoi de mieux pour saisir l'essence d'un groupe que de le voir interpréter ses titres phares (en entier) en live ?

Pour autant We are X reste un bel objet audio-visuel. On y retrouve tous les ingrédients pour séduire les spectateurs, aussi bien les néophytes que les connaisseurs. Avec ses nombreuses images d'archives, pléthores d'anecdotes et de témoignages, le tout sur une bande originale omniprésente made in X JAPAN, ce documentaire présente toutes les qualités pour nous immerger dans l'univers du groupe. Si l'on peut regretter le manque de révélations, il faut toutefois préciser que le documentaire n'est pas exempt de moments forts et inédits comme les confessions touchantes de Toshi sur sa descente aux enfers, son endoctrinement puis sa rédemption.
Au final Stephen Kijak a fait du bon travail. Lui qui ne connaissait pourtant pas le groupe avant de se lancer dans ce projet a très bien réussi à capturer l'essence d'X JAPAN tant par l'esthétisme que la narration de ce documentaire. On en aurait voulu d'avantage, mais qui sait, peut être aurons nous droit à de nouveaux documentaires dans le futur...

2017 sera à n'en pas douter l'année d'X JAPAN. Du fameux #XDAY le 4 mars prochain à Londres au très attendu nouvel album (date encore indéterminée), la légende est à nouveau en marche.
En attendant We Are X, déjà primé aux Etats-Unis dans les festivals du film Sundance et SXSW, continue son tour du monde. Il sera diffusé dès le 3 mars dans les salles obscures du Japon et du Royaume-Uni, et très bientôt dans nos contrés. Pour les plus impatients, sachez que la bande originale du documentaire contenant, entre autres, le titre exclusif La Venus (en version acoustique) sera disponible partout dès le 3 mars. Il est d'ores et déjà possible de précommander le CD via Amazon.



Note de la rédaction : 7/10
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