Nuff Respect : Interview avec PANG

interview - 15.11.2007 07:00

JaME s'est entretenu avec l'artiste reggae PANG à propos de sa carrière, de la scène reggae au Japon, etc.

La popularité du reggae semble augmenter rapidement au Japon et il y a maintenant bon nombre d'artistes qui se font un nom au Japon. PANG en fait partie, et avec sa douce voix, fraîche et colorée, ainsi que des messages forts, elle est omniprésente sur la scène musicale japonaise.

JaME a pu l'interviewer dans le but de pouvoir mieux la connaître, mais également de cerner la scène reggae au Japon.


Tout d'abord, pourriez-vous vous présenter auprès de ceux qui ne vous connaissent pas encore ?

PANG : Je m'appelle PANG, une chanteuse reggae japonaise. J'ai été fascinée par le reggae il y a une dizaine d'années. J'ai débuté en sortant mon premier CD en 2003 et j'ai sorti au total 10 singles, mini albums et albums.

Pourquoi avoir choisi ce nom de scène, PANG ? Quel en est la signification ?

PANG : Il n'y a pas de réelle sens caché. Mon vrai nom est PangHyang ; Je suis coréenne, et PANG a été mon surnom depuis l'enfance, donc ça m'a semblé naturel pour moi de choisir ce nom.

Le Reggae n'est pas aussi populaire que la pop ou le rock au Japon. Comment avez-vous connu le reggae et qu'est-ce qui vous a poussé à faire ce genre de musique ?

PANG : Les deux ou trois dernières années, des chansons reggae ont souvent été classées dans le top Oricon. Par contre, quand j'ai commencé à chanter, le reggae n'était pas aussi connu que la pop ou le rock. Ca aurait pu être un autre déclic, mais ce qui m'a inspirée à devenir chanteuse de reggae, c'est la musique de Bob Marley, je pense.

A l'origine, j'aimais ce que nous appelons la 'black music' ici ; la musique comme le hip hop, la soul, le R'n B, le reggae, etc... Et comme je prenais des cours de chant, j'avais l'habitude de jouer et de chanter dans des clubs à minuit. Avant que je commence à écrire des chansons et à chanter comme je le fais maintenant, je reprenais des chansons populaires de R'n B avec mes amis. Puis, j'ai commencé à me poser des questions comme : "Pourquoi est-ce que je tiens à chanter ?" et "Qu'est-ce que je peux accomplir en chantant ?". Alors, j'écoutais les chansons de Bob Marley de nouveau et je ne pouvais m'empêcher de pleurer. Même si je ne comprenais pas très bien l'anglais, quand je lisais les paroles, ça me laissait un énorme impact ; ses mots, sa voix, ses mélodies, ses sonorités, etc. J'étais enchantée par tout, et j'ai pensé que je voulais être une chanteuse qui puisse toucher le coeur des gens tout comme lui le faisait, être une chanteuse qui exprime fortement la douleur et le bonheur, et qui donne du courage aux gens.

Dans votre musique, vous restez toujours proche du reggae "old school", alors que d'autres artistes expérimentent le dancehall ou d'autres styles, ce qui semble assez populaire maintenant. Quelle sont les raisons qui font que vous soyez si fidèle à ce style ?

PANG : Quand je pense à mes racines reggae, je me dis :"C'est cool ! J'aime ça !". Concernant le dancehall, l'ancien dancehall est plus attractif que le nouveau et mon corps aime ça. Ce que je peux dire à propos de ces lignes de basse ? L'année dernière dans un live house, Kazufumi Kozama, le trompettiste de MUTE BEAT, a choisi des chansons de Wackies (un label indépendant de reggae, considéré comme le premier studio et label des USA) pour environ une heure de concert. J'ai alors pensé : "S'il essayait de me séduire maintenant, je suis sûre que je tomberais amoureuse de lui !". J'étais ivre de tous ces sons.

Au contraire, le mainstream actuel ne me convient pas. Je veux faire des chansons cool, et les partager avec le public. C'est tout ce que je veux faire.

Il n'a pas si longtemps, vous avez coupé vos dreadlocks et avait adopté maintenant une coupe courte. Y a-t'il des raisons derrière ce changement drastique, mais stylisé, d'apparence ?

PANG : C'est dur d'avoir des dreadlocks pour des asiatiques comme moi (rires). J'avais envie d'avoir des dread et je les ai portées pendant cinq ans, mais à force mon crâne est devenu rouge et mes cheveux commençaient à tomber en masse donc je les laisse respirer pendant un moment. Et puis, je tenais à avoir une coupe courte une fois dans ma vie.

Et maintenant quand je pense à ça, je me dis que peut-être j'avais besoin de changer mes sentiments en changeant complètement d'apparence parce que j'avais l'impression que : "Mes capacités commençaient à diminuer ces derniers temps".

Apparemment, le reggae devient de plus en plus populaire au Japon en ce moment. Pensez-vous être à l'origine de cette croissance ?

PANG : Je remercie mes aînés pour ça. Beaucoup de mes prédécesseurs comme le producteur Kato, qui a été rédacteur en chef de Reggae Magazine, et NAHKI, mon maître, ont apporté le reggae au Japon et l'ont fait devenir populaire ici avant que les jeunes d'aujourd'hui ne soient nés. De plus, toutes les lieux où on peut écouter du reggae, les gens qui écoutent du reggae, et le nombre d'artistes ont augmenté. Je pense que je dois travailler encore plus dur pour augmenter mon niveau encore et encore.

Quand on porte un regard sur les vieilles chansons comme celles de Bob Marley, on trouve plus thèmes comme la pauvreté, l'oppression, la discrimination et d'autres problèmes sociaux. A l'opposé de ça, il y a également des messages de bonheur et d'amour. Est-ce que vous prenez aussi en considération ces thèmes quand vous écrivez vos propres chansons ?

PANG : Même si les temps ont changé, il existe toujours beaucoup de problèmes sociaux divers, de misère humaine, de colère et de bonheur. Comme je disais précédemment, je veux donner du courage et sauver quelqu'un avec mes chansons. Donc j'ai besoin de me battre quelquefois et j'ai besoin de révéler mes faiblesses à d'autres moments. J'ai à dire que : "Ca ne va pas" quand quelque chose ne tourne pas rond, "Je ne comprends pas" quand quelque chose ne me semble pas clair, et : "Je vous aime" quand j'aime quelqu'un. Pour ça, je dois être forte.

Je chante des textes, mais ils ne doivent pas êtres désagréables. Le reggae est un genre de musique que les gens peuvent danser, même quand les paroles portent sur des choses dures et fortes. C'est impressionnant, je pense. Et puis, je veux être proche de chacun.

Au départ, le reggae est apparu dans les années 70 en Jamaïque comme un mode vie, ce qui de nos jours semble être plus considéré comme une mode. Les gens aiment en écouter sans penser au sens profond qui se cache derrière. Pouvez--vous nous dire ce qu'il en est au Japon aujourd'hui, si les gens considèrent ça plus comme une mode ou comme un style de vie ?

PANG : Récemment, j'ai entendu qu'il y avait des jeunes gens qui ne connaissaient pas les chansons de Bob Marley, même en Jamaïque. Est-ce que c'est vrai ? Peut-être que c'est un mensonge ? Franchement, je me suis moi-même intéressée au reggae par sa sonorité. Mais c'est en l'écoutant que j'ai essayé de comprendre entre les lignes sa signification. Même si les gens commencent à écouter du reggae parce que c'est à la mode, aussi longtemps que les chansons sont bonnes et qu'ils écoutent de la musique cool, je ne pense pas qu'il y ait de problème.

Quel est votre point de vue sur la musique reggae ? Quand on compare la version originelle jamaïquaine avec la japonaise, il n'y a pas beaucoup de similarités. Qu'est-ce que cela signifie pour vous ?

PANG : Assurément, la Jamaïque et le Japon peuvent être totalement différents. Quand j'écoute des chansons faites par les jamaïquains, elles réveillent en moi un appel fort une volonté de vivre quand ils les chantent.

Au Japon, il y a beaucoup de gens qui grandissent dans des environnements favorisés, mais les esprits de beaucoup de monde tombent toujours malades. Je pense que tout le monde rencontrent des difficultés dans sa vie, mais vous ne pouvez pas abandonner. Peu importe combien c'est dur, si vous levez la tête et allez de l'avant, petit à petit, le bonheur viendra sûrement à vous. J'espère que le reggae donne assez d'espoir et je veux encourager tout le monde à aller de l'avant ensemble.

Qu'est-ce qui vous a laissé la plus grosse impression quand vous avez été en Jamaïque ?

PANG : Je n'ai pu malheureusement rester que pendant trois jours... Les enfants étaient adorables. Leurs yeux étaient brillants et vraiment mignons, mais les yeux des adultes étaient ceux simplement d'un peuple qui survivait. Ils doivent être forts pour vivre mais c'est encore difficile. Je comprends un peu ça. Le reggae est né de cette situation. Je veux en savoir davantage, donc j'espère que je pourrais rester plus longtemps la prochaine fois. Et puis, je change un peu de sujet, mais la nourriture était délicieuse. Et la mer était belle comme de la gelée.

Un des symboles qui apparaissent beaucoup dans votre musique aujourd'hui est "kizuna", "liens". Quelle en est la signification, comment voyez-vous ces genres de liens ?

PANG : Vous ne pouvez pas vivre seul dans ce monde. Maintenant, je vais dans des endroits variés, rencontre beaucoup de monde et obtient beaucoup d'encouragements de leur part quand je chante mes chansons. Quelques fois, je suis déprimée par ma passivité, mais il y a toujours des gens qui me soutiennent alors je peux travailler dur. Quand je me sens comme ça, je pense : "Je suis si heureuse d'avoir la joie et la force de vivre".

Nous avons besoin les uns des autres, et nous pouvons continuer à la faire. Quand nous savons ça, je pense qu'on peut ressentir les liens qui nous unissent.

Pouvez-vous nous dire quelque chose à propose de votre nouvel album PANG III ~kizuna~ ? Aviez-vous un concept en tête avant de le créer ?

PANG : Quand je l'ai commencé, je n'avais pas de concept défini et je créais juste des chansons comme je les sentais. Après avoir fini des les enregistrer, le staff qui a écouté les chansons a demandé : "Ca ne serait pas le "coeur" ?". Amitié, amour, humanité, les relations humaines, etc. "Ah, voilà le lien !", j'ai pensé.

J'ai exprimé mes sentiments, et ce lien me permet de me sentir connectée avec beaucoup de monde de plusieurs façons. Je ne chante pas seulement à propos du bonheur, mais également sur la tristesse.

Qu'est-ce qui fait que cet album est différent de vos précédents travaux ?

PANG : Les albums que j'ai précédemment sortis avaient la couleur de l'été. J'ai pensé que cette fois, je pouvais faire en sorte que mon travail ait une sensation de fraîcheur, comme une brise agréable. Avant, je cherchais à faire des chansons comme un étudiant diplômé pourrait en écrire parce que je pensais : "Je dois donner une réponse comme un être humain".

Je pense que mes expériences, que j'ai acquises à New York et en Jamaïque, étaient importantes pour moi. Souvent quand quelqu'un disait : "C'est pas cool", je préférais exposer mes idées clairement. Il arrive un moment où ça devient la chose la plus importante. Pour cette raison, je pense que c'est pourquoi il y a plus de chansons aux accents féminins dans cet album.

A propos du son, NAHKI et Riddim Force Band, que dirige Jerry Harris, jouaient avec moi, tout comme les membres de Tuff Session, avec qui je jouais pour la première fois. Les membres de RAGGAMATIX, qui m'accompagnent toujours en tournée, se joint également à nous, ce qui fait que la variété des sons s'est accrue. Et bien sûr, m.Kamishiro, qui s'occupe toujours de moi, Toshiya Mori (ex. ROCKING TIME), et I-watch de HOME GROWN se sont également joint à l'enregistrement. C'était donc plus comme du bon vieux reggae qu'auparavant.

Au début de votre carrière, vous avez donc rencontré ce fameux chanteur de reggae NAHKI dans un event dans lequel vous vous êtes produits tous les deux. De quelle façon vous a-t'il aidée et quelle sorte de tutelle avez-vous reçue de lui ?

PANG : En fait, c'est par hasard que j'ai rencontré NAHKI. Depuis, j'ai totalement changé ma façon de travailler. Je lui en suis sincèrement reconnaissante ; j'ai beaucoup appris à son contact, non par les mots mais par les sons. La meilleure et plus importante chose que j'ai apprise, a été d'être "simple". Nous nous sommes débarrassés de plus en plus des choses superficielles et avons fait de la musique en utilisant qu'un minimum de sons, ce qui est le genre de reggae le plus cool. Tant que le chant est solide, nous pouvons faire n'importe quel rythme en utilisant la plus petite quantité de sons. La musique Nyahbinghi est comme ça.

Tout comme NAHKI l'a fait pour vous, vous avez épaulé Lecca quand elle a commencé sa carrière. Comment était-ce de travailler avec elle ?

PANG : En fait, il n'y a pas beaucoup de différence entre la carrière de Lecca et la mienne. J'ai débuté juste un peu plus tôt qu'elle et nous avons chanté ensemble dans des clubs. Il serait peut-être préférable de dire que j'ai appris beaucoup de choses de sa part que de dire qu'elle en a appris de moi.

Lecca écrit des chansons tous les jours comme si elle écrivait dans un journal tout ce qu'elle ressentait. Je suis surprise par son sens du rythme et elle est une artiste avec de très bonnes idées et de bon sens. Son répertoire est large et elle n'hésite jamais sur quoi que ce soit. Elle choisit des mots que personne d'autre n'utilise, donc ses textes ont un impact fort et sont intéressants.

L'année dernière, vous vous êtes produite à New York avec MEGARYU et NAHKI. Comment était cette expérience, et voudriez-vous la renouveler ?

PANG : Absolument tout était surprenant. Les musiciens qui ont participé à mes enregistrements étaient simplement impressionnants. Je voulais leur donner à chacun d'eux le "Nuff Respect!!". C'était comme "écoutez-le et vous y croirez", comme regarder quelque chose pour la première fois et finalement y croire. Je n'avais jamais expérimenté tous ces genres de sons. Ils étaient très qualifiés, et j'étais émue par leur passion pour la musique. Ils travaillaient très dur tous les jours et leurs esprits ambitieux visaient toujours plus haut tout le temps. Comme ils avaient une confiance absolue dans leur jeu, ils ne faisaient jamais de compromis. Je regardais ça et je pensais : "J'ai beaucoup de choses à faire.", mais je voulais rapidement m'améliorer comme eux. Et je voulais jouer avec eux encore. Je veux réellement avoir cette occasion de nouveau !!!

Qu'avez-vous prévu de faire dans un futur proche ? Pouvons-nous nous attendre à de prochains disques de votre part ?

PANG : Après la tournée d'été avec MEGARYU, nous nous produirons peut-être ensemble jusqu'à la fin de l'année. Je voyagerai dans tout le Japon. Si vous êtes au Japon à ce moment-là, venez me voir s'il vous plaît ♪ Mon prochain disque sortira cet hiver au printemps prochain. Rien n'a été encore décidé, mais j'espère que je pourrais sortir mon nouveau travail avant l'été prochain.

Pour finir, pouvez-vous laisser un message pour vos fans qui sont à l'étranger ?

PANG : Je suis PANG, une fille qui est attirée par le reggae et qui veut vous attirer vers le reggae. JE travaille au Japon, mais j'espère que je pourrais le faire à l'étranger un jour. Je montre ma gratitude chaque jour en travaillant dur et j'espère être capable de faire des chansons qui donnent le sourire aux gens. Alors, soutenez-moi s'il vous plaît ! Nuff Love & Power !!!

Merci beaucoup pour cette interview !

PANG : Merci beaucoup !!!


JaME voudrait remercier PANG et Avex Entertainment inc. pour cette interview.
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