Cubic U - Precious

chronique - 08.02.2009 07:00

Mais qui se cachait donc derrière cette moustache et ce nom improbable que l'on croirait tout droit sorti d'une boîte de Lego ? - 6/10

Cubic U est la dernière dérivation du nom de l'unité U3 formée de SKING U., RA U., et H° HIKASO U aux Etats-Unis. Vous ne comprenez pas et vous vous en fichez éperdument ? Pour faire plus clair, c'est le nom du trio formé par papa Utada (Teruzane Utada), maman Utada (Keiko Fuji) et petite Utada (Hikaru). Une gentille famille bien soudée.

Keiko Fuji, ex-grande star de la chanson enka sur le retour, et Teruzane Utada, producteur dans le milieu de la musique à New-York, qui pour une fois, tenterait bien de se mettre un peu plus en avant, enjoignent leur toute jeune fille Hikaru à pousser la chansonnette afin de se joindre à elle. L'album STAR, paru en 1993, passe totalement inaperçu. Mais très vite, le potentiel de la petite Hikaru est décelé : elle chante plutôt bien et, surtout, écrit ses propres chansons. Espérant décrocher le pactole, papa Utada veut cette fois mettre le paquet, et c'est ainsi qu'en août 1996, Hikaru, alias Cubic U, entre en studio et place seule sa voix derrière le micro, épaulée par quelques producteurs de soul et de R'n'B qui devaient être légèrement en vogue à l'époque (et encore...).

L'album Precious, édité par Toshiba EMI, sort en janvier 98 aux Etats-Unis, et est par la même occasion pressé à 8000 copies pour le marché japonais. Les ventes ne décollent pas plus que ça, malgré la promotion faite à l'aide du single Close to you, morceau repris des Carpenters, qui, on pourra en dire ce que l'on veut, est somme toute plutôt réussi, bénéficiant de plus de critiques élogieuses de la part de la profession et de Lenny Kravitz en tête de file.

L'échec est pourtant facilement prévisible : comment imposer au marché américain le CD d'une (très) jeune Japonaise, qui débarque d'on ne sait trop où, et qui ne bénéficie malheureusement ni de la promotion adéquate (un unique single accompagné d'une petite vidéo où le fond blanc sur lequel s'incruste Hikaru sert plus à cacher la misère du budget plutôt que de faire un quelconque effet de style), ni du charisme ni des attributs (physiques) des stars du R'n'B que sont alors les TLC, Brandy ou autres Janet Jackson.

L'autre gros point préjudiciable est la production de l'album, qui, bien que manifestement travaillée, manque singulièrement de punch et de diversité dans ses arrangements. Un beat un peu mollasson, une basse synthétique enrhumée, des cordes de-ci de-là pour faire bien, et ô joie, un saxophone, mais quand même très discret, forment le minimum syndical pour ce genre de compositions, et ça on l'a bien compris du côté du staff. On fournit un travail bien fait mais quand même on va pas trop se fatiguer non plus, papa Utada n'étant pas vraiment en position de demander plus que ce qu'il n'en faut. Si bien que sur les 13 pistes de l'album, une bonne moitié est ennuyeuse à mourir, et c'est là qu'on bénit le créateur de la touche skip de sa télécommande.

On remarquera tout de même que les morceaux les plus réussis, Lullaby, I don't love you, Take a little while, Close to you, ou Precious Love, sont dans leur grande majorité soutenus par des choeurs et par des featurings en free style si présents qu'ils en éclipsent quelque peu Hikaru, ce qui ne lui permet pas vraiment de pleinement s'affirmer vocalement. Mais bon, alors qu'elle est âgée de seulement 13 ans lors de l'enregistrement de l'album, on peut tout de même aisément reconnaître que la demoiselle a du potentiel, qui ne demande qu'à être développé et surtout à être mis en valeur de manière plus pertinente.

La suite est déjà plus connue. Au Japon, des producteurs aux portefeuilles avides remarquent le potentiel artistique (et mercantile) de la jeune fille. Rapatriée sur le sol natal de ses parents, elle y enregistrera l'album First Love qui deviendra le mega-hit que l'on sait et qui lancera la carrière de Hikaru Utada avant de la placer rapidement au firmament des reines de la J-Pop. Ce que l'on sait moins est que Precious sera réédité sur le seul sol japonais le 31 janvier 1999 (avec un titre de moins que sur l'édition originale, faut pas non plus abuser de la patience des auditeurs), soit trois petites semaines après la sortie de First Love. Les Japonais ont bien compris la loi primaire du mercantilisme : pour une vache à lait le public tu prendras.
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